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Jean-Claude Géraud skater et propulseur de street artistes

Jean-Claude Géraud, fondateur de l’association Roule petit Ougandais et de l’agence d’artistes City of Talents, est un jeune homme engagé, porté par son amour du skate et du street art. Interview d’un Toulousain attachant et inspirant.

Quel est ton parcours ?

Je suis né en Côte d’ivoire, je suis arrivé à Toulouse à l’âge de 8 ans. Ça fait 20 ans maintenant, j’adore cette ville. (dit-il avec un charmant accent toulousain, ndlr). Je dirige City of Talents une agence d’artistes.

D’où vient ta passion street art ?

J’ai fait du skate, j’en fais d’ailleurs encore un peu, et c’est par là que j’ai découvert le street art. Au départ, j’aimais bien les graffs, mais sans m’intéresser plus que ça à leur mise en œuvre. Dans ce milieu, les graffeurs côtoient les skateurs. Il y a un échange. Et c’est par mon association Roule Petit Ougandais que je me suis vraiment penché sur le sujet si l’on peut dire. En 2012, nous avons fait notre première expo, dans le quartier Bouquières : on a levé 5000€ pour l’association en vendant planches de skate peintes par des artistes. Les commerçants ont beaucoup apprécié cette initiative, et m’ont demandé de renouveler la chose régulièrement, pour dynamiser le quartier.

C’est de là que vient la création de City of Talents ?

Exactement. Je voulais créer quelque chose de positif pour les artistes, bénéfique. Les représenter et les aider à se faire connaître. City of Talents, c’est aussi les initiales de City of Toulouse. J’aime énormément cette ville et ses artistes et je veux les mettre en valeur. Je suis un curateur, une sorte de médiateur. Je mets en relation les artistes avec les galeries, les particuliers et les marques.

On imagine que ton objectif est d’avoir ton lieu à toi ?

Absolument. Pour l’instant je n’ai pas de galerie, j’expose dans divers lieux. C’est pas toujours facile d’en trouver, j’ai exposé dans des bars par exemple. C’est une quête permanente.

Combien d’expos à ce jour ?

Une dizaine je dirais. La toute première à l’étranger c’était à Amsterdam grâce à Amsterdam street art qui nous a permis de participer à un petit festival de street art. Je représente une vingtaine d’artistes, et pas seulement toulousains. Brésilien, Argentine, Espagnol, City of Talents est devenue une agence internationale ! (rires) Nous aurons des expos à Londres (chez Creative Debuts, une galerie dans le quartier de Shoreditch durant l’été), puis l’année prochaine à Madrid et en Suède aussi.

Comment choisis-tu les artistes ?

Au coup de cœur, clairement. Il faut bien entendu qu’il y ait du talent, de la compétence, mais aussi de la passion et surtout pas de prise de tête. Je mène un projet artistique mais surtout humain, l’idée est de créer comme une famille.

Tu as actuellement une exposition en cours à l’Institut Catholique de Toulouse (ICT) ?

Oui, nous y exposons l’artiste Eric Der. J’ai vendu une de ses toiles à une personne de l’ICT, c’est de là qu’est partie l’idée d’une expo dans ce lieu. Le vernissage a eu lieu le 18 avril, et l’exposition dure jusqu’au 20 mai. L’accueil a été excellent, j’en suis très heureux.

Certains disent aujourd’hui que le street art est devenu bourgeois, qu’en penses-tu ?

D’un côté, si tu considères le prix des bombes, c’est sûr que c’est pas donné à tout le monde. Mais c’est toujours un art engagé selon moi. Il y a en effet des artistes qui sont devenus des « entrepreneurs », mais ils sont toujours dans une démarche d’engagement, comme Banksy. Et puis, il faut bien penser que pour certains, c’est leur art qui les fait vivre. Leur engagement se fait différemment, ils réinvestissent leur argent, ils mènent des actions.

Victor Hugo a dit « la rue est le cordon ombilical entre le citoyen et la société », qu’en penses-tu ?

Je suis absolument d’accord avec cette phrase. Il faut à mon sens laisser la place aux artistes de s’exprimer dans la rue. Cela apporte de la beauté, un message positif. Quand tu pars bosser le matin, et que tu vois un mur peint par un artiste de talent, ça met de la joie dans ta journée. Tu vois les tags de Tilt par exemple, avec beaucoup d’esthétisme, très travaillés, ils apportent du dynamisme, de l’espoir. Si on n’avait pas des artistes, on vivrait dans un monde de guerre et de jalousie. Ils nous emmènent vers un monde meilleur, ils délivrent un message positif qu’il nous faut entretenir.

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skate et street art, deux passions pour une aventure humaine

Tu es toi-même très engagé, tu nous parlais de ton association Roule petit ougandais…

J’étais sans emploi, j’étais encore sponsorisé par un partenaire, le plus vieux skate shop de Toulouse, Okla Skateshop, et j’ai décidé avec Richard Schengen de créer l’association Roule Petit Ougandais en 2012.

Notre objectif est d’aider des enfants dans le besoin qui ont la même passion : le skate. L’association permet aux jeunes de se munir du matériel adéquat pour évoluer correctement dans la pratique du skateboard et ainsi les écarter des chemins de la violence et de la délinquance présents dans le pays. Grâce à l’aide des partenaires et de l’association « Uganda Skateboarding Federation », nous leur envoyons du matériel de planchiste neuf ou de seconde main, mais toujours de bonne qualité; permettant ainsi de soutenir les talents émergeants locaux.

Nos projets pour l’association : une nouvelle vente de planches de skates pour organiser un festival l’année prochaine de street art en Afrique. Nous voulons aussi créer une école, car le pouvoir vient de la connaissance. J’envisage de porter l’association sur d’autres continents comme l’Amérique Latine, nous avons des contacts au Brésil. Par le biais de l’association, nous voulons apporter des valeurs fortes et positives dans des pays en précarité. Cela impliquera de changer le nom de l’association bien sûr.

Tu vas bientôt organiser des soirées caritatives je crois ?

Oui, le 19 juin au Connexion Café au centre de Toulouse, avec un DJ set. Je mènerai également une discussion autour des objectifs de l’association. Il y aura une autre soirée caritative, mais la date n’est pas encore fixée. Ces soirées nous permettrons de faire venir en France des skateurs ougandais.